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Journal de Jérusalem

Netanyahou à l’ONU ? ou la semaine du greffier

Le point du 27 septembre 2026 sur le génocide en Palestine.

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Eric Verhaeghe
sept. 27, 2026
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Par Eric Verhaeghe — 25 septembre 2026

Le 22 septembre, devant un cimetière militaire, le ministre israélien de la Défense a énoncé une méthode en trois verbes : évacuer la population, détruire les infrastructures, prendre le territoire. Le 24 septembre, à la tribune de l’ONU, son Premier ministre a qualifié l’accusation de génocide de « plus grand mensonge du siècle ». Les deux phrases sont authentifiées, publiques, datées. Notre chronique hebdomadaire ne les qualifie pas : elle les enregistre.


Avertissement de méthode

Cette chronique documente, semaine après semaine, des actes et des déclarations susceptibles de constituer des éléments matériels ou intentionnels des crimes définis par la Convention de 1948, le Statut de Rome et les Conventions de Genève. Elle ne qualifie rien. La qualification de génocide, de crime contre l’humanité ou de crime de guerre appartient aux seules juridictions compétentes — la Cour internationale de justice pour la responsabilité des États, la Cour pénale internationale et les juridictions nationales pour celle des personnes. Chaque élément est daté et sourcé ; les allégations sont distinguées des faits établis ; les personnes physiques visées par des plaintes ou des enquêtes bénéficient de la présomption d’innocence entière, sans exception et sans nuance. Ne sont nommées que des personnalités publiques et des affaires déjà rapportées publiquement par la presse ou les autorités judiciaires.

Deux précisions sur la semaine écoulée. Un cessez-le-feu est formellement en vigueur à Gaza depuis le 10 octobre 2025 : il n’a pas arrêté les frappes quotidiennes. La Knesset a été dissoute le 17 juillet 2026 et les élections législatives israéliennes sont fixées au 27 octobre : la plupart des déclarations ci-dessous sont des déclarations de campagne. Cette circonstance ne les retire pas du dossier — la Convention de 1948 ne prévoit pas d’exception électorale pour l’incitation publique — mais elle en éclaire la fonction, et j’y reviendrai.

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Volet I — Actes et déclarations d’autorités israéliennes

Le 19 septembre, un président efface un casier

Le président de l’État d’Israël, Isaac Herzog, a accordé sa grâce à Elor Azaria et effacé son casier judiciaire. Azaria avait été condamné pour homicide pour avoir abattu, le 24 mars 2016 à Hébron, Abdel Fatah al-Sharif, un Palestinien blessé et neutralisé au sol — scène filmée. Le communiqué de la présidence invoque « the passage of time, and the regret he expressed » et « the importance of repair, reconciliation » (« l’écoulement du temps, et le regret qu’il a exprimé » ; « l’importance de la réparation, de la réconciliation »). (Haaretz, 19 septembre · Al Jazeera, 19 septembre · Jerusalem Post)

Deux détails comptent plus que la grâce. Le premier : la mesure a été prise sur recommandation du ministre de la Défense, Israel Katz, qui s’en est publiquement félicité — « I commend President Isaac Herzog for his decision to accept my recommendation » ; « We do not abandon soldiers, and we do not leave them behind » (« Nous n’abandonnons pas les soldats, nous ne les laissons pas derrière nous »). (JFeed, 19 septembre) Le second : le chef d’état-major, le général Eyal Zamir, avait écrit que la demande « should not be granted » — elle ne devrait pas être accordée. Le pouvoir civil a passé outre son armée. (CNN via KRDO, 20 septembre)

Ce point n’est pas anecdotique au regard du droit. La Convention de 1948 et le principe de complémentarité du Statut de Rome reposent sur une prémisse : un État qui réprime effectivement ses propres crimes échappe à la juridiction internationale. Un effacement de casier judiciaire recommandé par le ministre de la Défense contre l’avis du chef d’état-major documente exactement l’inverse.

Le 20 septembre, le village qu’il faudrait raser

Après l’assassinat de Netanel Shukrun, colon d’Alei Zahav et père de six enfants, tué par balles près de Neve Tzuf, le Premier ministre Benyamin Netanyahou déclare : « No terrorist is immune, nor are those who assisted them. We will hold them all accountable — in Gaza, in Lebanon, and in Judea and Samaria » (« Aucun terroriste n’est à l’abri, ni ceux qui les ont aidés. Nous les tiendrons tous pour comptables »). Il ordonne des bouclages, des vagues d’arrestations et la démolition immédiate de la maison de l’auteur. (Times of Israel, 20 septembre)

Le même jour, Avigdor Liberman, président de Yisrael Beytenu, va plus loin : « The IDF must enter the village the terrorist came from and flatten it » — Tsahal doit entrer dans le village d’où vient le terroriste et le raser. (Times of Israel, liveblog du 20 septembre) Et Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, réclame l’application de la loi de mars 2026 imposant la peine capitale aux Palestiniens condamnés par les tribunaux militaires : « In this case, there’s a mandatory penalty. A law is a law. » Aucune exécution n’a eu lieu à ce jour sous ce texte. (Al Jazeera, 21 septembre · loi du 30 mars 2026)

Un appel public à raser une localité civile nommée n’est pas une figure de style. C’est, en droit, un appel à une punition collective — et le fait qu’il provienne d’un président de parti et non d’un ministre en exercice change son régime de responsabilité, pas sa nature.

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Le 22 septembre, la doctrine énoncée à voix haute

C’est l’élément le plus lourd de la semaine, et il tient en quatre phrases.

Au cimetière militaire du mont Herzl, lors de la cérémonie annuelle de commémoration des soldats tombés en 1973, le ministre de la Défense Israel Katz déclare :

« I warn the terror organization and its supporters, from Iran to Erdogan: if even one Israeli soldier or civilian is kidnapped, the entire Gaza City’s… one million residents will be evacuated southward. »

« J’avertis l’organisation terroriste et ses soutiens, de l’Iran à Erdogan : si un seul soldat ou civil israélien est enlevé, la totalité des un million d’habitants de Gaza-ville sera évacuée vers le sud. »

Puis, et c’est la phrase décisive :

« This is the language that the jihadist terror organizations in Gaza and Lebanon understand, and this is the language we speak: evacuating the population, destroying the infrastructure and taking the territory. »

« C’est le langage que comprennent les organisations terroristes djihadistes à Gaza et au Liban, et c’est le langage que nous parlons : évacuer la population, détruire les infrastructures et prendre le territoire. »

Enfin, la référence au précédent :

« It will be dealt with in the same way that Rafah and Beit Hanoun and 70 percent of the Gaza Strip were dealt with. »

(Times of Israel, 22 septembre · Haaretz, 22 septembre · Jerusalem Post ; verbatim hébreu publié par N12/Mako et par JDN, sous le titre « אם ייחטף חייל או אזרח – מיליון תושבי העיר עזה יפונו דרומה »)

Trois éléments juridiques distincts sont ici réunis dans une seule allocution officielle : le déplacement forcé d’une population civile d’un million de personnes, présenté comme une mesure de représailles conditionnelle ; la destruction d’infrastructures civiles ; et l’appropriation de territoire. Le transfert forcé est prohibé par l’article 49 de la IVe Convention de Genève et figure à l’article 7-1-d du Statut de Rome ; la destruction de biens sans nécessité militaire à l’article 8-2-b-viii. Et la phrase « taking the territory » n’est pas une métaphore : Katz ajoute que Tsahal ne se retirera pas de la ligne jaune.

Un détail achève de situer la déclaration. Les critiques qu’elle a suscitées en Israël sont venues de sa droite, et lui reprochaient sa mollesse. Le général de réserve Ofer Winter, ancien commandant de la brigade Givati : « Instead of threatening, start carrying out emigration » — au lieu de menacer, commencez à mettre en œuvre l’émigration. (VINnews, 22 septembre)

Une menace que l’on reproche à son auteur d’être restée verbale n’est plus tout à fait une menace.

Le 23 septembre, Jinba

Le hameau de Jinba, à Masafer Yatta, au sud d’Hébron, a été détruit par l’administration civile israélienne. Le Centre palestinien pour les droits de l’homme, organisation de documentation, dénombre 22 habitations et unités résidentielles démolies, 15 abris pour le bétail, 21 sanitaires, 9 cuisines, des citernes d’eau et des panneaux solaires, et 176 civils déplacés de force — 26 familles, environ 70 % de femmes et d’enfants. D’autres comptes rendus retiennent 24 bâtiments et 180 personnes ; je retiens le chiffre du PCHR, qui détaille son décompte. Un habitant, ‘Issa Ibrahim Mohammed, 48 ans : « We spent the night in the open, with no place to protect our families from the cold weather. » (PCHR, 24 septembre · Middle East Eye, 24 septembre · Times of Israel, 24 septembre)

L’administration civile parle d’« enforcement… against illegal building components » — une opération d’application de la loi contre des éléments de construction illégaux. C’est la qualification officielle, et elle doit être citée telle quelle. Le PCHR, lui, inscrit l’opération dans « a gradual process of annexation of the West Bank » ; B’Tselem y voit « a mechanism of ethnic cleansing and territorial takeover ». Ce sont des qualifications d’organisations non gouvernementales, pas des constatations judiciaires.

Le même jour, Netanyahou et Katz signent un communiqué conjoint après l’élimination à Khan Younis de Muhammad Abu Alwan, présenté comme chef du département des finances du Hamas : « nor will we stop until Hamas no longer exists in Gaza » — nous ne nous arrêterons pas tant que le Hamas n’aura pas cessé d’exister à Gaza. (ANI, 23 septembre · Times of Israel) Et le même jour encore, le « Board of Peace » présentait un plan de reconstruction de Gaza chiffré à 2,4 milliards de dollars. (Al Jazeera, 23 septembre)

Le 24 septembre, la tribune

Devant la 81e Assemblée générale des Nations unies, des dizaines de délégués quittant la salle sous les huées, Benyamin Netanyahou a prononcé les phrases suivantes, relevées en français par ONU Info :

« Accuser Israël de génocide est le plus grand mensonge du siècle. »

« Ce conflit ne concerne pas les territoires, il concerne l’existence d’un État juif, quelles que soient ses frontières. »

« S’il reste d’autres personnes moralement lâches qui n’ont pas encore quitté cette salle, faites-le maintenant. »

(ONU Info, 24 septembre · franceinfo · La Presse · RTBF)

En anglais, dans la version rapportée par le Times of Israel : « Israel didn’t commit genocide. Israel prevented genocide. » Et sur les violences de colons en Cisjordanie — 176 personnes venaient d’être jetées dehors à Jinba la veille — « a handful of juvenile delinquents, about 150 in number, who throw stones, who chop down olive trees » : une poignée de délinquants juvéniles, environ cent cinquante, qui jettent des pierres et abattent des oliviers. (Times of Israel, 24 septembre · Al Jazeera, 24 septembre)

Le même jour, la CNUCED publiait son rapport sur Gaza. Son secrétaire général par intérim, Pedro Manuel Moreno : « The collapse of the economy of Gaza is the world’s most severe economic crisis on record. » PIB quotidien par habitant : 0,58 dollar. 92 % des établissements économiques endommagés ou détruits. Plus de 90 % de la population en âge de travailler sans emploi. (Times of Israel, 24 septembre)

Les chiffres de la semaine

Le ministère de la Santé de Gaza recensait au 23 septembre 73 922 tués et 174 995 blessés depuis octobre 2023, dont 1 402 tués et 4 881 blessés depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, et 834 corps extraits des décombres depuis cette date. (Tasnim, 23 septembre · Al Jazeera, 21 septembre) Ce sont des chiffres d’un ministère en guerre ; ils sont, faute d’accès indépendant au terrain, ceux que les agences onusiennes reprennent.

Le dernier rapport de situation de l’OCHA, daté du 18 septembre, relève 22 Palestiniens tués et 209 blessés entre le 9 et le 16 septembre, l’effondrement d’un immeuble à Gaza-ville le 16 septembre — 21 morts dont 12 enfants — et lie cet effondrement aux « severe restrictions on the entry of essential humanitarian supplies ». Le taux de déchargement à Kerem Shalom est passé à 70 %, le corridor égyptien à 35 %. (OCHA, 18 septembre)


Volet II — France : procédures et déclarations

Le 23 septembre, 17e chambre

Devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris — la chambre de la presse — le parquet a requis huit mois d’emprisonnement avec sursis et 4 000 euros d’amende contre l’essayiste et chroniqueuse Barbara Lefebvre, poursuivie

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