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Liberty Academy : budget 2026 et spoliation légale

Bienvenue dans ce dixième module de la Liberty Academy. Aujourd'hui, nous faisons une analyse libertarienne des projets de budget.

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Eric Verhaeghe
nov. 30, 2025
∙ Abonné payant

Au cours des semaines précédentes, nous avons exploré les fondements philosophiques de la liberté, la nature des droits naturels — Personnalité, Liberté, Propriété — et la définition stricte de la Loi telle qu’elle devrait être dans une société libre : l’organisation collective du droit individuel de légitime défense. Aujourd’hui, nous quittons le domaine de l’abstraction théorique pour entrer dans le laboratoire clinique de l’économie politique : l’examen du Projet de Loi de Finances (PLF) pour l’année 2026.

Il n’existe pas d’exercice plus révélateur pour un étudiant de l’école française d’économie, héritière de Frédéric Bastiat, que de confronter les principes énoncés dans La Loi (1850) à la réalité comptable, politique et morale d’un budget d’État contemporain. Le budget de la France pour 2026 ne se résume pas à une aride colonne de chiffres ou à un ajustement technocratique de paramètres fiscaux. Il constitue la cartographie précise, chiffrée et indiscutable de ce que Bastiat nommait la « spoliation légale » (déjà évoquée dans notre chapitre consacré à ce sujet). C’est, par excellence, le document où se matérialise la célèbre définition de l’État qu’il livrait dans le Journal des Débats en septembre 1848 :

« L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ».

Dans ce support de cours, nous allons disséquer le PLF 2026 pour répondre à la question fondamentale posée par notre thème : L’État peut-il distribuer une richesse qu’il n’a pas créée sans violer le consentement de celui qui l’a produite? En cette année 2026, la France se trouve à un carrefour critique de son histoire financière. Avec un déficit public structurellement ancré au-delà de 5 % du PIB et une dette dont la charge d’intérêts dépasse désormais le budget de la Défense nationale, le PLF 2026 n’est pas un budget de gestion : c’est le constat d’échec d’un modèle de redistribution coercitive à bout de souffle.

Nous analyserons comment l’impôt est devenu un instrument de pillage réciproque, comment la dette constitue une spoliation intergénérationnelle invisible, et comment les subventions industrielles massives — incarnées par le plan France 2030 — illustrent tragiquement le concept de « ce qu’on ne voit pas » : la destruction silencieuse de capital au profit d’intérêts particuliers visibles et politiquement connectés.


Partie I : cadre théorique – anatomie de la spoliation légale

Pour comprendre la portée du budget 2026, il est impératif de consolider notre grille de lecture théorique. Pourquoi affirmons-nous que le budget de l’État moderne est, par nature, le lieu de la spoliation légale? Pourquoi la simple lecture d’une ligne budgétaire doit-elle nous alerter sur une violation potentielle du droit de propriété?

1 La nature de la loi et sa perversion

Selon Frédéric Bastiat, la Loi n’a qu’une seule et unique fonction légitime : protéger les droits naturels de l’individu. Ces droits — la Vie, la Liberté, la Propriété — sont antérieurs et supérieurs à toute législation humaine. Ils ne sont pas des concessions de l’État ; ils sont la nature même de l’homme. La Loi, en tant qu’organisation de la force collective, ne peut avoir pour but que de garantir ces droits contre les agressions. Lorsque la Loi se limite à cette fonction, elle est négative : elle empêche l’injustice, elle sanctionne le vol et le crime.

Cependant, le Projet de Loi de Finances 2026, comme les quatre-vingts précédents, repose sur une conception radicalement opposée, dite « positive », de la Loi. Le législateur ne se contente plus de protéger les biens ; il s’empare des biens des uns pour les distribuer aux autres. C’est ici qu’intervient le concept central de notre cours : la spoliation légale.

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La spoliation, au sens commun, c’est le vol. C’est l’acte de prendre par la ruse ou la force ce qui appartient à autrui. Mais lorsque ce vol est organisé par la Loi, exécuté par des fonctionnaires et soutenu par la force publique, il change de nature morale aux yeux de la société, tout en conservant sa nature économique destructrice. Bastiat nous donne le test infaillible pour identifier cette perversion dans le budget :

« Voyez si la Loi prend aux uns ce qui leur appartient pour donner aux autres ce qui ne leur appartient pas. Voyez si la Loi accomplit, au profit d’un citoyen et au détriment des autres, un acte que ce citoyen ne pourrait accomplir lui-même sans crime ».

Dans le budget 2026, chaque ligne de transfert social, chaque subvention à une entreprise de batteries, chaque allocation financée par l’impôt forcé répond à cette définition. Si un citoyen entrait armé chez son voisin pour lui prendre de l’argent afin de financer l’isolation de sa toiture, il serait emprisonné. Lorsque l’État accomplit exactement le même acte via le dispositif MaPrimeRénov’, il est applaudi pour sa « politique écologique ». C’est là que réside la perversion fatale : la Loi, instrument de Justice, est devenue l’instrument de l’injustice organisée.

2 La chimère de l’État-Providence et la fausse philanthropie

Le drame du budget 2026 réside dans la persistance pathologique de la « Grande Fiction ». Les citoyens, et pire encore, les législateurs, continuent d’entretenir la croyance magique que l’État est une entité génératrice de richesse autonome, une corne d’abondance inépuisable. Les débats parlementaires autour du PLF 2026 montrent une lutte acharnée pour capturer la ressource publique : les collectivités locales réclament leur part pour compenser l’inflation, les écologistes défendent les subventions à la rénovation thermique, et les industriels attendent fébrilement les crédits du plan France 2030.

Bastiat identifiait deux moteurs psychologiques à cette dynamique de spoliation :

  1. L’égoïsme inintelligent : la volonté primitive de vivre du travail d’autrui pour s’épargner la peine de la production.

  2. La fausse philanthropie : la croyance arrogante que sans l’intervention de l’État, la société ne pourrait pas s’organiser (éducation, santé, solidarité, art).

Le PLF 2026 est la manifestation comptable de cette fausse philanthropie. En prétendant « protéger » les Français de l’inflation, du changement climatique ou de la concurrence chinoise, l’État justifie l’extension indéfinie de ses prérogatives et, par conséquence mathématique, de ses prélèvements. Il confond, comme le dénonçait Bastiat, gouvernement et société. Il postule que si l’État ne subventionne pas la culture, il n’y aura pas de culture ; que s’il ne subventionne pas l’industrie, il n’y aura pas d’industrie. Cette erreur logique sert de fondement moral à la confiscation fiscale.

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Partie II : le contexte du PLF 2026 – la faillite de la fiction

L’analyse du contexte macroéconomique du Projet de Loi de Finances pour 2026 révèle l’effondrement progressif du système de spoliation légale sous son propre poids. La fiction selon laquelle « tout le monde peut vivre aux dépens de tout le monde » se heurte désormais à un mur de réalité mathématique : il n’y a plus assez de richesse produite dans le secteur privé pour satisfaire l’appétit exponentiel de la sphère publique sans mettre en péril la solvabilité même de la nation.

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