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Secrets de caste

Les puissants réseaux de Laurence des Cars, celle devant qui le cambriolage est arrivé au Louvre

Elle a voulu démissionner après le naufrage de sa gestion symbolisé par le cambriolage à 100 millions € au Louvre. Mais par quel miracle est-elle arrivée là ?

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Eric Verhaeghe
oct. 31, 2025
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La nomination de Laurence des Cars à la présidence-direction du musée du Louvre en mai 2021, officialisée par décret le 31 juillet de la même année, ne saurait être interprétée comme une simple succession administrative. Décidée personnellement par le président de la République Emmanuel Macron, cette décision constitue un acte de stratégie politique et culturelle de première importance, signalant une nouvelle orientation pour l’institution muséale la plus visitée au monde. Ce choix révèle une volonté de l’exécutif de marquer de son empreinte le secteur culturel à un moment charnière, alors que les grands musées sortent fragilisés de la pandémie de Covid-19, confrontés à une chute drastique de leur fréquentation et à la nécessité de redéfinir leur rôle sociétal.

L’ascension de Laurence des Cars s’articule autour de plusieurs axes fondamentaux qui expliquent sa désignation. Elle incarne d’abord une synthèse rare entre un héritage aristocratique et une réussite méritocratique incontestée au sein des plus hautes instances de la fonction publique culturelle. Ensuite, sa vision, éprouvée avec succès à la tête des musées d’Orsay et de l’Orangerie, s’est avérée être en parfaite adéquation avec l’agenda politique du président Macron, qui conçoit la culture comme un vecteur de cohésion nationale et de rayonnement international. Enfin, la puissance symbolique de nommer la première femme à la tête d’une institution vieille de 228 ans a offert au pouvoir politique un geste modernisateur à forte résonance médiatique et sociétale. L’analyse de son parcours, de ses réseaux et des circonstances de sa nomination permet de décrypter les ressorts d’une prise de pouvoir culturel emblématique de notre époque.

Héritage et formation d’une vision : le capital culturel d’une dynastie

Le profil de Laurence des Cars ne peut être pleinement appréhendé sans une analyse de son environnement familial, qui constitue le socle de son capital culturel et social. Loin d’être un simple détail biographique, son héritage est une composante essentielle de son influence et de sa manière d’envisager le rôle d’une institution culturelle.

Un triple lignage : aristocratique, littéraire et intellectuel

Laurence des Cars est l’héritière d’un triple lignage qui a façonné sa trajectoire. Le premier est celui de sa famille, la maison de Pérusse des Cars, l’une des plus anciennes familles de la noblesse française, originaire du Limousin. Cet ancrage lui confère une connexion profonde avec l’histoire de France et une familiarité naturelle avec les codes de ses élites traditionnelles.

Le deuxième lignage, en contraste apparent, est celui de son grand-père, Guy des Cars (1911-1993). Écrivain à succès, il fut l’un des auteurs les plus lus de l’après-guerre, maître du “roman de gare”. Souvent critiqué par l’intelligentsia qui le surnommait “Guy des Gares”, il possédait une compréhension fine de la culture de masse et du récit populaire, vendant des millions d’exemplaires de ses œuvres traduites en 21 langues.

Le troisième lignage est incarné par son père, Jean des Cars. Journaliste pour de grands titres comme Paris Match ou Le Figaro et historien populaire, il s’est spécialisé dans les biographies des grandes dynasties royales européennes (Habsbourg, Windsor, Grimaldi), réussissant à rendre l’histoire des élites accessible à un très large public.

Cette double filiation, à la fois aristocratique et populaire, est fondamentale. Laurence des Cars n’est pas seulement l’héritière d’un nom prestigieux ; elle est aussi l’héritière d’un savoir-faire narratif. Elle a grandi à la confluence de la “haute culture”, celle des cercles élitistes et du patrimoine historique, et d’une compréhension intime de la manière de raconter des histoires pour captiver un public de masse. Cette synthèse unique explique en grande partie sa capacité à naviguer avec aisance dans le monde très codifié de la conservation muséale tout en saisissant l’impératif de l’engagement public et de la pertinence sociale. Son succès à Orsay, en connectant l’art du 19e siècle à des débats contemporains, est une application directe de cette double compétence héritée : utiliser les outils de la narration populaire pour rendre la culture d’élite accessible et signifiante pour le plus grand nombre.

Un parcours d’excellence

Si son nom lui a ouvert des portes, c’est par un parcours d’excellence au sein du système méritocratique républicain que Laurence des Cars a forgé sa légitimité et son autorité. Après des études d’histoire de l’art à l’Université Paris-Sorbonne et à l’École du Louvre, elle réussit le concours très sélectif de l’Institut National du Patrimoine. Ce parcours académique impeccable est complété par un stage au prestigieux Metropolitan Museum of Art de New York, qui lui offre une première exposition d’envergure à la scène muséale internationale.

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